L’AU REVOIR À UNE GRANDE DAME CFATG
L’AU REVOIR À UNE GRANDE DAME
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L’au revoir à une grande dame

Une communauté scientifique est comme un être humain : elle nait, grandit, s’agrandit par l’accueil de l’Autre, c’est le cas du CFATG et au-delà, de la communauté internationale de l’autophagie. Mais comme pour les êtres humains, la mort vient enlever à la communauté un être cher. Beth Levine était un être cher, si cher, un être rare. Une grande dame toujours élégante comme ces passantes new-yorkaises, des romans de F. Scott Fitzgerald et de Truman Capote. L’habit ne suffit pas à faire une Grande Dame, Beth l’était surtout par sa dignité, sa rigueur intellectuelle, son intérêt pour l’autre et le courage qui fut le sien pendant sa maladie. Ce courage, elle ne l’a pas montré par délicatesse, il émanait de sa personne. Elle rayonnait par son intelligence brillante et tranchante comme un diamant.
Qui a assisté à une conférence donnée par Beth a été atteint par ce rayonnement. On était subjugué! Comme nous le fûmes lors de notre première rencontre avec elle en 2000 à l’occasion de l’organisation à Aix-les-Bains du 2nd International Symposium on Autophagy. L’un était organisateur, l’autre doctorante en charge des diapositives (un autre temps… !). Beth a toujours gardé un souvenir particulier de ce congrès – Sa première invitation comme conférencière devant la communauté autophagique. Depuis est-il utile ici, devant vous, d’énumérer ses contributions dans le domaine de l’autophagie depuis la découverte de beclin 1. Vous connaissez son immense carrière jalonnée de découvertes qui transcendent le domaine pour le projeter et éclairer des champs de recherche aussi variés que la microbiologie, l’immunologie, la biologie du vieillissement, le développement, le cancer et le contrôle de la survie et de la mort cellulaire.
Au fil du temps, une amitié profonde s’est nouée, amitié de Beth avec Sophie, de Beth avec Patrice et aussi une complicité à trois. Parler avec elle, en anglais et parfois coloré de quelques mots de français, langue qu’elle comprenait fort bien, elle suivit un enseignement universitaire de français et fut praticienne en France pendant son cursus médical, était toujours un plaisir. Conversations longues ou brèves, en peu de mots, quelques regards échangés, nous nous comprenions. Comprendre, entourer les membres de son laboratoire, les protéger, les pousser avec attention à donner leur meilleur était son quotidien. Entendre son pas si caractéristique dans le couloir était un apaisement et une stimulation.
Oui… c’est une grande dame qui nous a quitté et nous sommes fiers de l’avoir eu pour amie. Elle a ouvert de nombreuses voies de recherche qui permettront à des générations de chercheurs de poursuivre son œuvre interrompue trop tôt vraiment trop tôt.
Nous l’avons rencontré à Aix-les-Bains au bord du lac du Bourget qui inspira Lamartine. Elle était sensible à la poésie. Ces vers de Lamartine l’accompagnent aujourd’hui :
« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ? »

Sophie Pattingre et Patrice Codogno

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